Portrait d’ancien #3 avec Virginie vial : c’était comment le Cycle il y a 30 ans ?

  • Accueil / Portrait d’ancien #3 avec Virginie vial : c’était comment le Cycle il y a 30 ans ?

Le Cycle d’Urbanisme a fêté ses 50 ans en 2020 et l’événement a permis, à la fois, de se faire rencontrer les promotions entre elles mais aussi de saisir toute la diversité de nos Cyclistes. Avant d’ouvrir une nouvelle page de son histoire, nous vous proposons de donner la parole aux Anciens sur leurs parcours, leurs expériences et leurs souvenirs du Cycle.

Pour le troisième portrait de la série, rencontre avec Virginie Vial, directrice générale de la Samoa à Nantes et Cycliste issue de la promotion 1995-1996.


Peux-tu nous retracer ton parcours (avant / après le Cycle d’Urbanisme) ? Quels sont les cheminements qui t’ont conduit à cette formation ?

Avant d’intégrer le Cycle d’Urbanisme, j’ai suivi une formation au sein de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris pendant 4 ans, avec une année de césure en marketing opérationnel. Lors de ma dernière année d’étude, j’ai suivi une option de marketing territorial, première porte d’entrée sur la question de l’aménagement et j’ai été particulièrement marquée par une intervention de Thérèse Cornil, qui était à l’époque directrice de la Semapa (c’était le tout début du projet). Ils expérimentaient beaucoup de choses, ce qui avait fait un peu le Buzz à l’époque en termes de communication, avec notamment l’installation d’un grand tipi qui accueillaient les différents acteurs du projet.… Ça m’a intriguée !

Malgré tout, je ne me suis pas retrouvée dans le contenu de cette première formation et c’est après qu’une collègue de promotion m’ait parlé du Cycle d’Urbanisme, qu’elle avait fait pendant ma césure, que j’ai postulé ! Je me souviens, j’étais sur liste d’attente et c’est seulement deux jours après la rentrée que l’on m’a contacté pour l’intégrer. Comme quoi, ça tient parfois à peu de choses car le Cycle d’Urbanisme a tout changé pour moi : tout y était intéressant et ça m’a beaucoup appris.

Comment était le Cycle dans les années 1990 ? Pourrais-tu nous raconter un souvenir de tes études ?

A l’époque, on était dans les locaux vieillissants et peu adaptés de la Place Valhubert. Même si on était déjà rattaché à Sciences Po, la formation était un peu à part. Michel Micheau pilotait le Cycle de façon assez libre ! Surtout, il y avait des profils très variés, ce qui ne faisait que renforcer l’intérêt de la formation. Architectes, ingénieurs, SciencesPo, géographes, seulement deux issus d’écoles de commerce… Aujourd’hui, on est quatre ou cinq personnes à être issus de cette même année du Cycle et à travailler à Nantes. Le contact est resté et ce sont toujours des amis.

Quelles étaient tes idées à la suite du Cycle d’urbanisme ?

Avec une formation initiale d’école de commerce, je ne me sentais pas assez légitime pour me diriger d’emblée vers des métiers d’aménagement urbain, et ce, malgré l’année « travaux pratiques » prodiguée au Cycle. En revanche, je pensais avoir davantage ma place sur les questions de développement économique en lien avec le territoire à plusieurs échelles. J’ai réalisé mon stage à la direction du développement économique du Grand Lyon, et j’ai ensuite cherché des postes de ce type mais cela n’a pas été facile. J’ai commencé à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Meaux, qui était assez éloignée des enjeux urbains… Puis, c’est en postulant pour intégrer l’équipe de développement immobilier d’Eurodisney, que je dirai que ça a vraiment commencé. Le Directeur de l’époque était intéressé par mon double profil : projet urbain et « casquette » entreprise privée.

Peux-tu nous en dire plus sur ton expérience au sein d’Eurodisney ?

Eurodisney est co-aménageur avec l’EPA Marne sur le périmètre de l’Opération d’Intérêt National de Marne-la-Vallée. L’aménageur officiel est l’EPA Marne-EPA France qui acquiert notamment les fonciers et les revend à Eurodisney, ce dernier étant en charge de la programmation et du développement immobilier. Les sujets les plus à tension portaient surtout sur les références urbaines et architecturales, qui étaient différentes selon les visions que portaient l’EPA ou Eurodisney. J’ai ainsi passé trois années très riches dans une équipe d’une dizaine de personnes : mes premiers pas dans le métier d’aménageur, du côté maîtrise d’ouvrage privée, certes, mais avec tous les sujets opérationnels et réglementaires (réglementations d’urbanisme, cessions de terrain, aménagements de l’espace public, instructions des permis…). Travailler dans le privé oblige à avoir un certain pragmatisme, notamment du fait qu’il faut pouvoir obtenir un résultat.

Cela m’a donné le goût pour les grands projets et j’ai rejoint la collectivité de Boulogne-Billancourt sur l’aménagement des terrains Renault pendant trois ans où j’ai pris conscience des enjeux politiques et du caractère « sensible » de certains, loin de la mise en œuvre, avec des processus de décision qui sont assez longs et formatés. C’était le cas à Boulogne Billancourt, et je le retrouve pour Nantes Métropole. Ensuite, j’ai intégré la SEM Val de Seine, qui venait d’être créée : il y avait une envie collective de commencer le projet, une forme d’impatience aussi, et c’était excitant d’être au commencement du projet. J’y suis restée cinq années, puis pour des raisons familiales, j’ai déménagé à Nantes. C’était par pur envie de changement et puis… ça avait l’air chouette !

J’ai ensuite trouvé un poste à la Samoa, en 2009, au sein de l’équipe menée par Laurent Théry, rapidement remplacé par Jean-Luc Charles, qui est resté onze ans à la direction de la SPL. J’arrivais dans une autre temporalité de projet : la Samoa a été créée en 2003 et la structure était dans une période de confortement avec les premières opérations du quartier de la Création. Une des volontés de Jean-Luc Charles était de conjuguer les compétences de projet urbain à celles du développement économique et de faire place aux industries culturelles et créatives.

Et maintenant que tu es directrice générale de la Samoa, quelle est l’impulsion que tu souhaites donner à la structure ?

Je suis arrivée il y a un mois et c’est encore un peu tôt pour répondre. En réalité, il y a une très forte continuité dans le projet d’aménagement de l’Île de Nantes et même si Jean-Luc Charles et Laurent Théry, par exemple, n’ont pas porté le projet d’aménagement de la même manière, il y avait néanmoins une adhésion totale de l’un et de l’autre au territoire et ils ont su tirer le meilleur parti de l’équipe, du territoire et du projet. Le projet semble « s’auto-porter » même, tant les bases ont été confirmées d’année en année.

Plus largement et au regard de ton expérience diversifiée côté aménagement, perçois-tu des évolutions dans les pratiques d’aménagement et dans le métier d’aménageur ?

Le métier d’aménageur tire sa richesse de la diversité des profils et évolue au fil des préoccupations de la société. Aujourd’hui, tous les aménageurs parlent des enjeux climatiques et de biodiversité mais aussi d’urbanisme tactique et transitoire… Quand j’ai commencé, cela n’existait pas du tout et l’ensemble de ces sujets a émergé de manière continue, dans le temps long, sans effet de rupture. On peut présager que les pratiques vont être fortement impactées par la fin de l’étalement urbain (même si n’est pas trop le cas sur l’Île de Nantes) et la prise de conscience des enjeux climatiques, qui est devenu un objectif partagé par tout le monde. Toutefois, les choses ne vont pas aussi rapidement qu’on le pense… Peut-être aussi car le métier d’aménageur est dans le temps long, et que les résultats ne se perçoivent pas tout de suite.

Comment concilier d’après toi, le temps long de l’aménagement que tu évoques et l’urgence climatique ?

J’anime avec deux autres aménageurs (OPPIDEA, représenté par Romain Champy, directeur opérationnel, et la Solideo, représentée par Henri Specht, directeur du Village olympique) un groupe de travail au sein du Club Ville Aménagement sur la thématique du « rôle de l’aménageur face au changement climatique ». J’ai constaté depuis 3 ans qu’il y a beaucoup d’expérimentations engagées par les aménageurs, sans toutefois de modus operandi bien défini. Les objectifs sont posés, notamment de zéro émission carbone, mais le cadre d’action doit encore s’élaborer… Pour cela, les aménageurs échangent beaucoup sur leurs pratiques, leurs retours d’expérience.

De par ton expérience au sein de maîtrises d’ouvrage publiques comme privées, as-tu constaté les mêmes préoccupations et les mêmes manières de faire ?

On sent que le modèle public de l’aménagement est un peu chahuté avec l’arrivée d’un certain nombre d’aménageurs privés, issus de grands groupes de promotion. Les collectivités peuvent se sentir rassurées sur la prise de risque de leurs opérations en ayant recours à des opérateurs privés… et cela amène à se questionner sur ce que doit défendre l’aménagement public. J’ai une expérience d’une vingtaine d’années en aménagement public et je travaille sur un territoire qui possède trois aménageurs publics ! Je n’ai donc personnellement pas trop ressenti ce risque de concurrence, qui se révèle plus acerbe sur certains territoires (ou les SEM sont restées des SEM)… et qui pousse certains aménageurs à faire évoluer leurs pratiques, notamment avec les partenariats public-privé, les montages de co-promotion…

A titre personnel, je suis convaincue que l’aménagement public a tout son intérêt surtout avec l’objectif de Zéro artificialisation nette des sols, qui va nous amener à repenser complètement les territoires périurbains et ruraux, qui devront faire avec ce qu’ils ont déjà urbanisé : centres commerciaux en périphériques, zones d’activités… L’équilibre financier sera plus difficile à trouver, le marché n’existe pas forcément sur ces territoires, et les acteurs privés ne vont sûrement pas s’y pencher tout de suite… C’est peut-être là que se situe le renouveau de l’aménageur public, dans la manière de se donner les moyens d’aider les territoires moins dotés en ingénierie urbaine à porter des projets complexes.

De manière un peu abrupte, est-ce la fin des grands projets ? Autrement dit, penses-tu que le métier d’aménageur se dirige vers ce travail de couture, qui doit composer avec le déjà-là ?

Bien que la fin des très grandes emprises en cœur de métropole et d’agglomération ou que la fin de la concentration des moyens soient évoquées, j’ai l’impression que l’on n’est pas tout à fait au bout d’opportunités foncières et que les cœurs de métropoles sont toujours en train de s’élargir… Ce qui est certain c’est qu’il faut pouvoir accompagner les villes plus petites et ne pas se focaliser que sur les grandes métropoles qui ont les moyens… Mais je ne sais pas encore comment faire… joker ! 

La Samoa a accompagné le territoire dans l’élaboration des études pour le pôle métropolitain Nantes / Saint-Nazaire (entre 2011 et 2015) et notamment sur le développement de petites villes autour des pôles de gares, afin de devenir des lieux d’ancrage. Il s’est révélé difficile pour ces villes de s’emparer de ces enjeux urbains malgré l’intention urbaine claire, car cela nécessitait à la fois une volonté politique et une certaine formation pour s’en saisir. Cela pose la question de la solidarité entre la grande métropole et son territoire environnant.

Souhaites-tu nous partager un fait, un événement, une exposition… qui t’aurait particulièrement marquée ?

J’ai été profondément marquée par les derniers entretiens du Club Ville Aménagement pendant lesquels Valérie Masson Delmotte (paléoclimatologue, représentante de la France au GIEC) criait à l’urgence d’intervenir pour le climat. J’ai trouvé à ce moment-là que nous étions « nuls » dans le sens où les aménageurs ne s’étaient pas emparés de cette question-là jusqu’à présent et qu’ils n’avaient pas saisi l’urgence avec laquelle il faut agir. C’est dans la suite de cette intervention que la Samoa a commencé à bouger à ce sujet, même s’il reste beaucoup à faire. La transition écologique est une priorité pour la métropole nantaise et c’est un sujet que je veux porter.


Propos reccueillis par Amélie Calafat, référente du Pôle Rayonnement (promotion 2017-2018) et Enzo Miottini, représentant des étudiants (promotion 2021-2022)