Retour sur : la Masterclass “Ville et genre : la place de l’aménagement”

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L’Ecole urbaine de Sciences Po et l’association Sciences Po Urba ont organisé le 17 mai 2022 une masterclass autour de la question du genre dans l’aménagement en tentant, dans ce premier temps d’échange, de faire le lien entre la recherche urbaine et la pratique.

La masterclass accueillait deux intervenantes géographes : Clara Rivas Alonso, qui a récemment soutenu son doctorat intitulé « Gentrification institutionnelle et temps à Okmeydanı, Istanbul : Résister aux incertitudes à travers des solidarités quotidiennes » (« State-led gentrification and time in Okmeydanı, Istanbul : Resisting uncertainties through everyday solidarities ») à l’University of Leicester et Camille Sachot, géographe urbaniste, co-gérante de l’association Womenability.

Le sujet est vaste, complexe, oscillant entre technique et politique, réalités de l’organisation des espaces publics et systèmes de représentations…  plusieurs pistes de réflexion ont été explorées :

·       Le constat est d’emblée posé : l’espace public, objet de l’aménagement, n’est pas un espace neutre mais bien cet espace qui illustre, matérialise voire reproduit un système de dominations genré. En référence à la géographe Jacqueline Coutras, deux moments clés sont à comprendre : celui de la production de l’espace et celui de son appropriation ;

·       Si on s’attache au second volet, celui de l’appropriation : l’espace public est à la fois un espace qui reproduit les systèmes d’oppression, notamment envers les groupes minorisés et racialisés (en particulier aux minorités, femmes, enfants, LGTBQI+…) mais aussi un espace qui devient le support de revendications. La recherche montre plusieurs exemples de « space public reclaiming » et de structurations de personnes en véritables collectifs et groupes, qui s’organisent ; Aussi, prendre conscience de ces mécanismes invitent à se tourner vers la notion de care pour entendre comment l’espace public peut aussi « prendre soin », « soigner », voire « corriger des inégalités ». L’exemple du Queer planning nous a permis d’aborder les « perceptions normatives de genre » et de soulever, dans l’approche d’empowerment, l’interconnexion avec les questions de mise à l’agenda ;

·       En découlent des interrogations sur le rôle des pouvoirs publics et des aménageurs, sur le premier volet : la conception des espaces publics. L’intégration du genre dans l’urbanisme est parfois dépolitisée et instrumentalisée dans les processus de gentrification, et également à des fins de discours racistes. Paradoxalement, prendre en compte le genre peut amener à renforcer des clichés de genre. Il n’y a pas de « recettes » pré-faites, mais bien plusieurs intérêts, parfois contradictoires, à concilier dans les pratiques. Rapidement, la question de politiques publics plus larges se pose, bien au-delà de « comment positionner tel banc dans l’espace public » : les horaires d’ouverture des crèches, l’éclairage des espaces la nuit… Mais aussi, la prise en compte dans des chartes de projets de la question du genre, la mise en place de la parité dans les équipes, les budgets alloués…  L’aménagement urbain et l’intégration des questions de genre se doivent d’être pensés en relation et cohérence avec les politiques publiques.

La masterclass était animée par Amélie Calafat, urbaniste au sein d’Une Fabrique de la Ville et représentante de l’Association Sciences Po Urba et par Marco Cremaschi, Responsable scientifique du Cycle d’Urbanisme


Crédit pour les photos : Bertrand Vallet